L'Union européenne, un chantier en (dé)construction permanente

« Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. – Soyons l’humanité. Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie.»

Victor Hugo – 1802-1885 – Choses vues

En trois lignes, Victor Hugo avait analysé le problème qui nous tenaille aujourd’hui encore et sans doute ne cessera avant plusieurs années ou même décennies. La formule de Victor Hugo représentait un idéal avant tout pacifiste mais aussi humaniste. Le projet d’une paix perpétuelle entre les peuples de l’Europe est un beau projet qui aujourd’hui encore reste fragile.

Au XVIIIème siècle, lors du rayonnement des lumières françaises en Europe, Rousseau porte déjà un regard désabusé sur l’Europe. Il craint que les hommes guidés par leurs passions et non leur raison ne soient capables de s’unir. Selon lui les gouvernements guidés par leurs intérêts nationaux ne seront pas capables de mettre en œuvre cette union. Il doutait de la possibilité de mettre en place une citoyenneté européenne qui serait supérieure ou tout au moins égale à la citoyenneté nationale. Rousseau pensait qu’une unité politique des Etats européens était une utopie. Je pense que même si l’Europe aujourd’hui est beaucoup plus développée que ce que Rousseau aurait pu imaginer (il ne parlait d’ailleurs pas d’Europe), il y avait une part de vérité dans sa pensée. Il avait déjcompris quelques siècles en avance la complexité de la future entreprise.

Sautons quelques siècles et consacrons-nous au début proprement dit de la construction européenne. D’emblée il est important de préciser que seule la construction de l’Union européenne sera abordée. La construction de l’Europe notamment avec le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’Homme ne sera pas traité dans cet article.

La volonté première de la construction européenne est la paix et le relèvement de l’Europe. Unifier les Etats européens est apparu comme nécessaire après la 2nde guerre mondiale. C’est ainsi qu’en 1950, précisément le 9 mai que Robert Schuman –ministre français des affaires étrangères– inspiré par un discours de Jean Monnet propose de mettre en commun les ressources de charbon et d’acier de la France et de l’Allemagne (République Fédérale d’Allemagne à l’époque).

Le 9 mai 1950 l’Europe était née.

Le traité instituant la Communauté du Charbon et de l’Acier (traité CECA) fut signé à Paris par six Etats membres le 18 mai 1951, c’est le premier traité officiel. Il fut conclu pour une durée de 50 ans, entré en vigueur en 1952, il n’est plus effectif depuis 2002.

Ce premier traité, assez modeste en apparence fut suivi de nombreux autres, dont le le traité sur l’Union européenne signé à Maastricht en 1992, le traité d’Amsterdam en 1997, le traité de Nice en 2001 et enfin le “petit dernier”, le traité de Lisbonne signé en 2009. D’une Union uniquement économique, une Union politique, et même sociale s’est développée.

Aujourd’hui l’Union européenne est une véritable puissance, elle compte environ 500 millions d’habitants et représente 34% du PIB de la planète. L’Union européenne est une puissance mais comment faire pour la développer encore davantage, jusqu’où faut-il aller, existe-t-il des limites ? Ce qui m’intéresse ici est d’explorer quelques pistes pour créer une Europe plus homogène et peut-être plus unie.

La principale faiblesse de l’Union européenne est son morcèlement et la difficulté des Etats membres à partager ou même abandonner une partie de leur souveraineté. Cette absence d’idéaux communs pose le plus important problème à la construction européenne. Je pense que la construction des « Etats-Unis d’Europe », ne pourra avoir lieu sans un gouvernement commun aux 27 Etats membres.

Rassembler des peuples de cultures si différentes représente un véritable défi au quotidien. L’un des problèmes les plus basiques et pourtant représentant concrètement un obstacle est la langue. Ne faudrait-il pas se mettre d’accord sur une langue commune, une langue enseignée à tous les enfants ? La création d’une nouvelle langue semble quelque chose d’attractif afin de ne pas avoir à sélectionner une langue existante, toutefois un peu de pragmatisme semble important. L’Allemand est la langue maternelle de 18% des européens contre 13% pour l’anglais et le français (données datant de 2005). Toutefois si l’on s’intéresse au total de locuteurs en pourcentage de la population européenne, l’anglais est largement en tête avec 51% de la population contre 32% pour l’allemand et 27% pour le français. Avec cette approche, l’anglais apparait comme la langue la plus apte à devenir « langue de l’Europe ». Certains diront que cela fait perdre à l’Europe son identité, je répondrai que la communication à travers une langue permet au contraire de faire connaitre sa culture plus facilement et ainsi de créer une plus grande cohésion. La création d’une nouvelle langue ne changerait pas la situation actuelle et aurait l’inconvénient d’être dénudée de toute identité et de toute histoire. Je pense qu’une langue commune est indispensable, ne serait-ce que pour faciliter le déplacement des travailleurs. Si l’on observe les Etats-Unis, les travailleurs changent facilement d’états pour trouver du travail, en Europe la situation est beaucoup plus difficile. De nombreux obstacles existent, dont le problème de la langue.

Outre ce problème linguistique qui pour moi représente un véritable obstacle, il s’agit maintenant de s’intéresser à la citoyenneté. Vous sentez-vous citoyen européen?

La formule « europe-citoyenne » est de plus en plus évoquée, mais est-ce une réalité ? Je ne veux pas ici rentrer dans le débat qui consisterait à se demander si l’Europe est trop éloignée des citoyens, si l’Europe est trop bureaucratique, bien que la réponse à ces deux questions apparaisse pour moi comme clairement positive. Je veux ici prendre en exemple mon parcours personnel, après avoir obtenu le baccalauréat, j’ai décidé d’entamer des études de droit un peu par hasard. Avant de commencer mon parcours universitaires je crois que mes connaissances au niveau de l’Europe et plus précisément de l’Union européenne se résumaient à la connaissance de son hymne, de son drapeau ainsi que les noms des 25 pays européens appris par cœur pour le brevet des collèges. Je me demande s’il ne serait pas intéressant dans les programmes d’histoire de s’intéresser davantage à l’Europe. Ne vous méprenez pas, je pense que le passé d’un pays est quelque chose d’éminemment important, mais si je devais choisir entre enseigner le passé ou bien enseigner le présent, mon choix se porterait sur la deuxième option. Pour pouvoir s’intéresser à quelque chose, faut-il d’abord le comprendre. Afin que les peuples européens se sentent citoyens européens, il faudrait commencer par leur apprendre ce qu’est l’Europe.

L’Union européenne fait de gros efforts pour rendre son action visible par les citoyens européens, le site Europa (qui est une véritable mine d’information pour toute personne intéressée par le fonctionnement de l’Union européenne) propose une page l’Europe et vous permettant de voir en quelques minutes des actions menées par l’Union européenne en 2011. Les maisons de l’Europe au niveau parisien et régional permettent d’ouvrir le débat sur des thématiques européennes.